Adobe / Figma : le deal à 20 milliards tué par les régulateurs européens
Septembre 2022 : Adobe annonce racheter Figma pour 20 milliards. C'est la plus grande acquisition de l'histoire du logiciel SaaS. Figma avait 400 millions de revenus. Le multiple : 50x le CA. Décembre 2023 : la Commission Européenne bloque le deal. Adobe paie 1 milliard de breakup fee. Une nouvelle ère de la régulation tech.
🎨 Figma fondé en 2012 par Dylan Field, 19 ans, avec un prêt Thiel Fellowship de 100 000$. En 2022, 4 millions de designers utilisent Figma. Revenus : 400 M$. Un designer sur Adobe tombe sur Figma et ne revient plus. Adobe, empire de 20 Md$ de CA, comprend que Figma est une menace existentielle. La solution ? L'acheter pour 50x le CA.
50x le CA — la valorisation du "kill switch"
🖥️ Pourquoi Figma menaçait Adobe : (1) 100% cloud et collaboratif en temps réel (vs les fichiers locaux d'Adobe), (2) Gratuit pour usage personnel (vs abonnement Creative Cloud à 60$/mois), (3) Natif pour les équipes produit (designers + développeurs + PMs dans le même outil), (4) Croissance 100%+ par an. En 2022, Figma capturait 25-30% du marché de la conception d'interfaces — un marché créé par Sketch qu'Adobe n'avait pas su attaquer.
⚖️ La thèse des régulateurs : Adobe achetait Figma non pour intégrer les technologies, mais pour éliminer le concurrent le plus dangereux ("killer acquisition"). Preuves utilisées par la Commission Européenne : (1) Des emails internes d'Adobe décrivant Figma comme une "menace existentielle", (2) Adobe avait un projet similaire (Adobe XD) qu'elle a arrêté après l'acquisition, (3) La fusion aurait contrôlé plus de 80% du marché du design d'interfaces.
💸 Le dénouement : décembre 2023, la Commission Européenne annonce son intention de bloquer le deal. La DOJ américaine menace également d'intervenir. Adobe et Figma décident mutuellement d'abandonner l'acquisition. Adobe paie 1 Md$ de breakup fee à Figma (le plus grand breakup fee de l'histoire du SaaS). Figma reste indépendante, valorisée à 12,5 Md$ lors d'une transaction secondaire en 2024.
🔑 Leçons : (1) Les régulateurs européens (DG COMP) sont devenus la principale barrière aux megadeals tech mondiaux, (2) Les "killer acquisitions" — acheter un concurrent pour le neutraliser — sont désormais dans le viseur des autorités, (3) Les emails internes sont devenus des preuves redoutables en droit de la concurrence, (4) Un breakup fee de 1 Md$ = 2,5% du prix du deal = le coût de l'assurance "deal qui échoue".
L'Europe est devenue l'arbitre des grands deals tech
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