UBS rachète Credit Suisse pour 3 milliards en un week-end : le sauvetage forcé de la finance suisse
19 mars 2023, 19h30, Berne. La ministre suisse des Finances annonce l'impensable : UBS rachète Credit Suisse pour 3 milliards de francs suisses — 60 % de moins que le cours de vendredi. La Banque nationale suisse a orchestré l'opération en 72 heures pour empêcher un Lehman européen. 167 ans d'histoire éteints en un week-end.
🏦 Vendredi 17 mars 2023, clôture : Credit Suisse cote 1,86 CHF — déjà divisée par deux en un mois. Dimanche 19 mars, 19h30 : UBS annonce le rachat pour 0,76 CHF par action. Prix total : 3 milliards CHF — Credit Suisse valait 8 milliards vendredi soir. La Banque nationale suisse (BNS) accorde 100 milliards CHF de liquidités. La Confédération garantit 9 milliards CHF de pertes. Le régulateur FINMA écrit d'un trait de plume 17 milliards de dollars d'obligations AT1. Aucun vote d'actionnaires. Une loi d'urgence a été passée samedi.
3 Md CHF pour une banque qui en valait 8 — et 17 Md d'obligations effacées
📖 Credit Suisse était la 2e banque suisse, fondée en 1856 pour financer le chemin de fer du Gothard. Actif : 530 milliards CHF. Employés : 50 000 dans 50 pays. Mais depuis 2020, un scandale par an : Greensill Capital (10 Md$ perdus), Archegos (5,5 Md$), fuite de données Suisse Secrets, condamnation pour blanchiment. En octobre 2022, un tweet viral évoque son insolvabilité — retraits massifs. En mars 2023, après la faillite de Silicon Valley Bank, la panique revient. Son actionnaire principal (Saudi National Bank) déclare qu'il ne remettra pas au pot. Dépôts retirés : 10 Md CHF/jour.
⚡ Vendredi 17 mars : la BNS et la FINMA convoquent UBS. Option 1 : nationalisation — politiquement inacceptable. Option 2 : liquidation — risque systémique européen (Credit Suisse est too big to fail). Option 3 : rachat par UBS. UBS refuse d'abord : elle craint les risques légaux cachés (Greensill, Archegos, fraudes potentielles). Le CEO d'UBS, Sergio Ermotti, exige 3 choses : (1) prix ridicule, (2) garantie publique sur 25 Md CHF de pertes éventuelles, (3) écrasement des AT1 pour ne pas payer les créanciers junior. La BNS accepte tout — il faut une annonce avant l'ouverture des marchés asiatiques lundi.
72 heures — 3 demandes d'UBS toutes acceptées
💥 La bombe AT1 : les obligations AT1 (Additional Tier 1, ou CoCo) sont des dettes convertibles en actions en cas de crise. Dans la hiérarchie normale, les actionnaires perdent AVANT les obligataires. Ici, la FINMA a inversé l'ordre : 17 Md$ d'AT1 effacés intégralement, actionnaires reçoivent 3 Md CHF. Motif juridique : le prospectus des AT1 de Credit Suisse permettait un write-down si l'aide publique intervenait. Conséquences : (1) procès d'obligataires du monde entier (Pimco, Invesco, retail asiatique) réclamant 20 Md$ ; (2) le marché AT1 européen (275 Md$) chute de 15 % en une semaine ; (3) la BCE et la Banque d'Angleterre publient un communiqué urgent : chez elles, l'ordre normal est maintenu.
🎯 Bilan 2 ans après : UBS devient la première banque privée mondiale, avec 5 000 milliards $ d'actifs sous gestion. Cost synergies : 8 Md$/an. Mais l'intégration coûte 15 Md$ et 10 000 emplois suisses supprimés. Les procès AT1 continuent (verdict attendu 2026). La Suisse révise son cadre réglementaire (nouvelles exigences de capital pour UBS : +25 Md CHF). Ermotti est glorifié ou détricoté selon les points de vue. Leçons : (1) une banque systémique ne fait pas faillite normalement — les règles se réécrivent en 72 heures ; (2) la liquidité tue plus vite que l'insolvabilité — Credit Suisse était solvable mais illiquide ; (3) les instruments hybrides (AT1) sont plus risqués que leur documentation ne le suggère.
UBS = première banque privée mondiale — mais 10 000 emplois suisses effacés
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